Rercherches

Nouveaux outils pour la création – nouveaux outils pour l’observation du processus de création

Parmi les profondes transformations, qui, depuis le milieu du XXième siècle, participent à la globalisation ou en résultent, il y a celles qui sont liées à l’avènement et à l'explosion des technologies de l’information et de la communication. Il est clair que cette mutation des supports, des modes de représentation, de communication, de diffusion et de partage de la connaissance, qui accompagne l’industrialisation croissante de certains biens culturels, en modifie non seulement les modes d’inscriptions dans les différentes aires culturelles, mais aussi les modes de création.

Dans le domaine de l’art, les technologies numériques ont ouvert de nouvelles dimensions fondamentales d’exploration. Elles ont introduit de puissants outils matériels et conceptuels pour l’analyse, l’expérience, la création, et ont déterminé de façon nouvelle non seulement la nature, les contenus, les formes et les conditions de réception des œuvres, mais également le processus de leur création, tant au niveau individuel que collectif.

Avec les nouvelles technologies, la notion d’outil de création prend un sens très général, mais un phénomène sans précédent se produit, auquel il convient de donner toute sa dimension : l’outil de création informatique est également un outil d’objectivation, rendant possible l’analyse et la compréhension du processus de création lui-même. Il est d’ailleurs aussi, et pour les mêmes raisons, un outil pour l’éducation de la créativité.

L’enjeu majeur de ce projet est de saisir l’opportunité de la mutation des outils mis à disposition du processus de création pour éclairer celui-ci d’une manière nouvelle, afin de mieux en comprendre les composantes et leurs articulations. Une retombée fondamentale attendue est alors la mise en perspective de dispositifs technologiques, pédagogiques et institutionnels pour le développement de l’éducation de la créativité.

Mutations

Le projet CREA s'appuie sur le constat que trois mutations fondamentales, découlant directement de l'usage des nouvelles technologies, touchent aujourd'hui le domaine de l'art :

1. Dématérialisation / re-matérialisation dans le processus de création, ou le problème de la virtualisation. 

Fondée sur les possibilités de traitement quasiment sans limites des représentations électroniques, la virtualisation, telle qu’elle est portée par le courant des réalités virtuelles, propose une coupure définitive avec la réalité du monde pour lui substituer des mondes virtuels intégralement reconstruits avec leurs règles propres avant d’être soumis aux actions et aux perceptions du sujet humain à travers différents types d'interfaces.

2. La possibilité d’agir directement et en toute « immatérialité » sur les « objets temporels ».

Les actions captées par des interfaces gestuelles, d’un côté, les processus de génération et/ou de traitement des phénomènes sensibles  - devenus objets numériques temporels  - de l’autre, sont mis en correspondance, par mapping, terme désignant le fait d’associer, sans contrainte relative aux contenus, des signaux issus d’un dispositif électronique aux entrées de contrôle d’un dispositif subséquent. Le mapping permet ainsi de s’affranchir de toute contrainte physique, mais peut aussi entraîner la perte de toute cohérence instrumentale. Il permet d’ouvrir des possibilités « inouïes », mais peut aussi provoquer une disparition totale des repères.

3. La possibilité d’étendre la démarche de représentation et l’acte de création, aux processus, aux algorithmes et aux modèles de production des phénomènes sensibles.

L’écriture algorithmique permet de penser et d’écrire l’instrument ou ce qui lui en tient lieu, plutôt que (en plus de) penser et écrire le son, les notes, les positions, les trajectoires, les géométries, etc. Dans tous les domaines des arts instrumentaux du temps, les possibilités offertes par le calcul déplacent globalement les activités de conception d’une représentation des phénomènes sensibles vers une représentation de leurs causes potentielles.

Enjeux

Ce sont ces trois axes fondateurs des technologies contemporaines de la création dans les arts instrumentaux (arts musicaux, arts visuels dynamiques, arts corporels) du temps qui sont questionnés dans ce projet.

Les nouvelles conditions techniques de production, considérées ici comme un véritable laboratoire/observatoire, peuvent en effet permettre d’analyser les rôles respectifs de ces décadrages dans les processus de création. De cette position, il est alors possible, tout au moins sur certains aspects, de faire progresser la connaissance et la compréhension :

  • du processus de création dans les arts instrumentaux du temps pris comme ensemble, avec un regard transversal à ces disciplines artistiques habituellement considérées séparément ;
  • de son lien avec les techniques et la technologie ;
  • de sa relation à la cognition ;
  • de sa relation aux déterminants culturels et à leurs propres évolutions.

Objectifs et organisation du projet

L’objectif du projet est d’effectuer trois types d’expérimentations et d’analyses complémentaires qui ont été choisies comme représentatives des trois mutations fondamentales analysées ci-dessus, et d’élaborer à partir de celles-ci une synthèse et une mise en perspective à travers de préconisations pour l’évolution des techniques, des méthodologies et de la pédagogie pour le développement de la créativité dans le contexte des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication). Ces expériences, observations et préconisations seront présentées dans un séminaire et une synthèse sera mise en forme pour la publication ultérieure d’un ouvrage.

Le projet est organisé en plusieurs axes correspondant aux types d'expérimentations :